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CONSEILLER MUNICIPAL DE TOULOUSE ET CONSEILLER COMMUNAUTAIRE DE TOULOUSE MÉTROPOLE

Ville intelligente, le compte n’y est pas.

Le jeudi 18 février 2016, le schéma directeur définissant la démarche « Smart City » a été voté en Conseil de communauté de Toulouse Métropole. Mes collègues de l’opposition et moi-même avons fait le choix de ne pas voter contre afin de ne pas donner la sensation de vouloir bloquer le projet, tout en soulignant qu'il n'était clairement pas à la hauteur des enjeux.

Parler de Ville intelligente, c’est d'abord refuser d'engager des actions qui viendraient se succéder les unes après les autres tout en étant dépourvues de cohérence, d'articulation et de sens. S’engager dans une telle démarche, c’est donc penser la ville comme le territoire pertinent d'action pour construire un paradigme politique nouveau, mêlant pertinemment les questions de nouvelles technologies, de gouvernance, d’habitat, de citoyenneté, d’économie, de mobilité et d’environnement.

C’est fort de la conviction qu’une telle démarche doit être encouragée que j’ai souhaité analyser plus en détail le schéma directeur présenté par la majorité métropolitaine.

Des avancées fortes doivent en premier lieu être reconnues. Dans ce rapport, une place importante semble être réservée à un volet expérimentation dans la ville. Permettre aux entreprises innovantes et aux start-ups toulousaines d’éprouver leurs solutions et prototypes en leur ouvrant les portes de la métropole ou en utilisant le levier de la commande publique, faciliter les expérimentations à grande échelle, constitue un facteur d’efficacité économique et un formidable accélérateur de projets et d’innovation pour les entreprises. L'initiative est d'autant plus louable que le coût assumé par la collectivité pour la mise en place de ce dispositif est faible.

Si l'idée est belle, elle semble concerner qu'une petite poignée de projets et ne suffit donc pas à rendre ce schéma à la hauteur des enjeux de notre temps.


Ce constat m'amène à une interrogation d'ordre général sur le bilan de l’équipe de Jean-Luc Moudenc. Deux ans après les élections municipales, qu'en est-il du travail accompli et des résultats obtenus dans le domaine économique ? Pléthore de salons, de forums, de brochures et de discours qui, malheureusement, n'ont pas trouvé d'échos ni de débouchés concrets.

Se pose alors la question de la traduction comptable de ce bilan : alors que la baisse des subventions culturelles est systématiquement justifiée par la contrainte budgétaire, dans le même temps combien de dizaines ou de centaines de milliers d’euros ont été dépensées depuis deux ans pour parvenir à cette seule délibération qui ne saurait emporter ni une adhésion béate ni une totale désapprobation tant son contenu n'est constitué que de principes, certes louables, mais en manque de substance.

Une dernière interrogation dans laquelle résonne une inquiétude, celle de voir Toulouse prendre du retard sur les autres grandes métropoles françaises comme Bordeaux, Paris, Nice ou Grenoble lesquelles ont su, par delà les clivages partisans, faire de cet enjeu l’une des priorités de leur mandat avec la conscience aiguë du potentiel qu'il représente en matière de création d'emplois et, plus largement, pour le rayonnement et l’attractivité des villes.

Je voudrais conclure la liste non exhaustive de mes réserves sur ce projet en soulevant trois incohérences majeures.

Premièrement, la majorité municipale de Toulouse réussit le tour de force de parler de ville intelligente sans placer les laboratoires de recherche et les universités au cœur de la dynamique à créer et ce, dans une métropole qui foisonne de talents prêts à oeuvrer en faveur de l’amélioration de la vie de leurs concitoyens en développant une ville plus humaine, plus mobile, plus durable.

Deuxièmement, alors que ce projet s'apparente à un catalogue de grands principes sans véritable solution concrète, la réalité rattrape l’équipe aux responsabilités lorsque cette dernière décide de transférer la Cantine Numérique que nous avions mis en place, au Quai des savoirs réduisant ainsi sa surface utile de 1200 m2 à 250 m2. Rappelons ici que ce lieu est un acteur fondamental de la ville intelligente, qui permet d'accueillir chaque année plus de 15 000 Toulousains, citoyens, usagers, chefs d’entreprises et ce, au cours de plus de 350 événements, et d'héberger des dizaines de startups, qui font la ville intelligente. Un nouvel exemple qui vient illustrer le fossé qui sépare les discours des actes.

En dernier lieu, rappelons que la notion de ville intelligente ne se limite pas à la question de la place du numérique, mais doit s'élargir à celle de la concertation qui lui est consubstantielle. Sur ce point, les réserves sont nombreuses puisque ce projet semble ignorer l’écosystème qui l’habite en négligeant des acteurs aussi importants que sont la Région, l’État ou encore les communautés d'agglomération voisines, pourtant pionnières à l'image du SICOVAL. Cette propension à vouloir agir et penser seul se retrouve dans le choix des partenaires, un choix qui s'opérer au profit de grands industriels, et serions en droit d'attendre plus de clarté sur ce point, et ce, au détriment des acteurs du quotidien de l'innovation comme La Mêlée, Digital Place ou le Fab Lab.

Toulouse et sa Métropole méritent mieux qu’une simple litanie de discours, même s'ils vont pour l’heure dans le bon sens. Il est temps de se doter d'une véritable ambition et de coconstruire une ville intelligente qui générera emplois et innovation pour l'amélioration du quotidien des habitants.

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